Spectatif

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Théâtre contemporain: Kroum

-Une scénographie magnifique. Des costumes et des jeux colorés comme un jour faste de spectacle. Des comédiennes et des comédiens brillants
9/10

Quel plaisir de retrouver l'univers d'Hanokh Levin ! Ici somptueusement mis en scène et joué, avec toute la verve et l'éclat nécessaires pour apprécier les qualités multiples du texte de cet auteur incontournable du théâtre moderne dont la portée sert autant la réflexion que l'émotion. Toujours cyniquement drôle et poétiquement impertinent. Son écriture à l'abattage ciselé fait mouche à coup sûr. Qu'il soit joué en français ou en russe comme aujourd'hui. L'universalité de son propos, des thèmes et des messages dépassent les barrières de la langue, des cultures et des environnements sociaux. Que ce soit à Saint Pétersbourg, à Paris, à Haïfa (ville d'Israël où la pièce est créée en 1975) ou ailleurs, nul doute que ses pièces soient comprises et appréciées dans leurs adaptations plurielles. La toile de fond de " KROUM l'ectoplasme " est dessinée avec les thèmes récurrents de Levin. La maladie, la souffrance, l'agonie et la mort. L'amour, la famille, le mariage, les funérailles et les toutes les conventions sociales rituelles. Et surtout, surtout, les voisins ! Car quoi de mieux que le voisinage pour dépeindre la société des gens, comme un microcosme d'où rien ne sort ni ne rentre sans qu'on le sache, le voit ou le raconte. Nous sommes plongés dès le début dans une ambiance sociale où l'espace privé et l'espace public rompent sans vergogne leur frontières. Kroum rentre à peine de son voyage au loin ? Tout le monde le sait, l'apprend, le commente en moins de temps qu'il ne le faut pour tomber amoureux ou malade. Kroum qui est parti plus pour s'extraire de sa vie que pour la conquérir, revient bredouille, dans sa tête comme dans ses valises. Entre Kroum, une valise à la main. Il étreint la Mère. " Maman, je n'ai pas réussi. Je n'ai trouvé ni la fortune ni le bonheur à l'étranger. Je n'ai pas avancé d'un pouce, je ne me suis pas amusé, pas marié, pas même fiancé. Je n'ai rencontré personne. Je n'ai rien acheté et je ne ramène rien. Dans ma valise, il n'y a que du linge sale et des affaires de toilette. Voilà, je t'ai tout dit et je te demande maintenant de me laisser tranquille. " Ces mots sont les premiers que nous entendons. Ils donnent le ton à l'ensemble de ce prodigieux récit d'errance confiée au hasard et de révoltes contre l'ennui, contre le ratage de ces nombreuses vies qui se montrent à nous. Nous sommes touchés par cette troublante histoire d'impossibles possibles qui voisinent, dans laquelle s'enferrent les personnages de cet immeuble dressé comme un plan de coupe devant nous sur le plateau. Kroum aurait voulu être un artiste, un écrivain. Le veut-il encore ? Le peut-il ? Y croit-il toujours ? L'exil n'aura rien changé, le retour non plus sans doute. Les autres, ses amis, son ex, sa mère, ses voisins, auront-ils un sort meilleur ? Une scénographie magnifique. Des costumes et des jeux colorés comme un jour faste de spectacle. Des comédiennes et des comédiens brillants, émouvants et drôles. Ce jour-là, au Théâtre Gérard Philippe, est un moment de théâtre mémorable.
# écrit Hier à 13h17


Théâtre musical: En attendant Bojangles

-Un très joli moment de théâtre qui nous laisse pantois, le sourire aux lèvres, les images plein la tête.
9/10

Une vie de folie comme on en rêve où tout est possible même l'incongru ou l'interdit. Un amour fou qui ne s'éteint pas, rempli de délires de plaisirs où tous les désirs sont rois et peignent fougueusement, intensément, follement, une toile que l'on ne voudrait jamais voir achevée. Cela se peut-il ? Non ? Pas vraiment ? Et pourtant si !... J'y étais, j'ai tout vu. Elle et Lui s'aiment jusqu'à la déraison, leur enfant les rejoindra dans cette quête de bonheur magique, à la fantaisie permanente comme une fête perpétuelle ininterrompue. Et toujours... On entend " Mister Bojangles " chantée par Nina Simone... Des fils de poésie et de joie tissés avec la délicatesse d'une narration jouée nous harponnent, nous retiennent et nous enlacent pour nous conter leur histoire, d'une tendresse infinie, captivante tant elle est fantastique et débridée. Victoire Berger-Perrin signe l'adaptation et la mise en scène du livre de Olivier Bourdeaut, tout en finesse et surprises, jouant de la temporalité avec adresse, laissant aux comédien·ne·s le soin de nous éblouir de leur jeux engagés et émouvants, drôles et sincères. Anne Charrier (magnifique et resplendissante en femme follement libre), Didier Brice (superbe en amoureux touchant, transis de dévotion) et Victor Boulenger (lumineux et émouvant) mêlent leurs jeux dans une harmonie exquise et efficace. Elle et ils sont troublants et ardents, nous emportent de bout en bout dans cette histoire extraordinaire aux accents du merveilleux. Un spectacle qui touche au coeur. Un très joli moment de théâtre qui nous laisse pantois, le sourire aux lèvres, les images plein la tête. Heureux et touchés, joyeux et ravis.
# écrit Dimanche


Comédie: Papa va bientôt rentrer

-Un spectacle pour la détente. Du théâtre de plaisir.
9/10

Une comédie légère et souriante aux allures décalées de la dérision où les répliques fusent et les situations croustillent. Susan et Mia sont les épouses de soldats partis faire la guerre du Vietnam. Mia s'occupe de son nourrisson mais l'attente l'ennuie et elle s'ennuie d'attendre. Papa va bientôt-il rentrer ? Voisines devenues amies, elles passent beaucoup de temps ensemble, le temps que viennent des permissions et que la guerre finisse. Ce jour-là, le quartier est en effervescence. Un déserteur se cache à proximité, liguant le voisinage, effrayant notre Susan qui vient se réfugier plus souvent qu'à son tour chez Mia. Qui est ce déserteur ? Que va-t-il déclencher ? Joliment écrit par Jean Franco et Jean-Yves Roan, le texte dépeint avec un humour décapant, un rien moqueur, l'American way of life des années 60. Mia, l'ancienne progressiste façon Agitprop devenue sage comme une lionne au repos et Susan, conservatrice, plus tu meurs, façon Betty Boop Style désopilante. L'écart entre les deux personnages permettra tous les possibles et les auteurs ne s'en privent pas. Le déserteur viendra lui aussi déranger le bon ordre, comme un nuage de popcorns dans un jeu de quilles. C'est drôle et touchant, bien ficelé et très efficace. La mise en scène alerte de José Paul rythme la pièce allegro ma non troppo, ménageant des moments d'émotion parmi les situations parfois totalement barrées. La distribution très en verve tire la pièce vers le haut. Tout est maîtrisé avec délicatesse et avec une adresse réussie. Les morceaux " de bravoure " fonctionnent à merveille. Marie-Julie Baup est une adorable Mia, caustique et passionnée. Lysiane Meis donne à Susan une vis comica détonante. Benoit Moret joue Isaac, le déserteur qui embobine son monde, avec élégance et sincérité. Un trio d'enfer pour une pièce où l'on rit beaucoup et on s'amuse franchement mais pas que... ! Un spectacle pour la détente. Du théâtre de plaisir.
# écrit Samedi


Théâtre contemporain: Le Menteur

-Drôle et agréable tant il est beau et très bien joué.
9/10

Un joyeux et brillant spectacle que cette comédie de Corneille, dont l'adaptation truffée de références contemporaines nous cingle de ses propos, éblouit de sa superbe et se moque avec une adresse efficace des abus liberticides du pouvoir, prescriptions parentales et usages sexistes surtout, qui résonnement parfaitement encore aujourd'hui. Corneille crée cette pièce en 1644, il signe alors sa dernière comédie baroque. L'argument sur le mensonge, les duperies fourbes et les mariages forcés sera légion ensuite dans l'histoire du théâtre baroque et classique, comme chez Molière ou Marivaux. Dorante arrive de Poitiers, ses études terminées. Tout feu, tout flamme, il veut conquérir Paris. Ne sachant trop comment être, il choisit de paraitre. Ne sachant non plus trop comment s'y prendre, il choisit de prendre au mot son plaisir et ment comme il désire. Il rencontre aux Tuileries, deux jeunes dames. Le déclic ? Le hasard ? Il s'éprend de l'une d'elles, comme on aime ou comme on drague, on ne sait pas encore. C'est le point de départ d'un imbroglio digne d'une comédie de théâtre ! Dorante, tout en éclats de roueries dans ses apparats et dans ses propos, va mentir de plaisir, sans cesse, s'empêtrant parfois, se rétablissant toujours. Tant pis s'il blesse, s'il déçoit, s'il émeut, ses envies sont besoins et ses besoins, nécessités. La vérité se joue de la réalité. La fougue aveugle de la jeunesse dorée et l'égo capricieux s'imposent à la loi. La passion d'aimer ou de s'aimer, on ne sait pas, fait exploser les interdits. L'adaptation et la mise en scène donnent une fraicheur captivante à la pièce, servant le texte avec acuité et espièglerie. Une magnifique scénographie faite de plateaux de miroirs mobiles joue des lumières et des apparences, des regards et des postures, relevant le répliques et les situations, montrant également le public comme si nous nous exposions, nous aussi, au jeu de miroir inversé, à celui du vu et du supposé, du vrai et du faux. Les nombreuses pointes modernes ne passent pas inaperçues, à l'image de du choix de la distribution à la diversité revendiquée. C'est intelligent et admirable et renforce l'expression édifiante de l'universalité du propos théâtral. La pièce nous parle, nous saisit, nous fait rire et interroge avec truculence et dérision les méandres de la sincérité. Mentir serait ainsi un signe d'appartenance sociale ? Une élégance de bon aloi ? Un tour qu'il faudrait savoir ? Corneille nous désigne sans ambages une morale des plus signifiantes de dénonciation dans la dernière strophe de la pièce, donnée par le valet Cliton : " Comme en sa propre fourbe un menteur s'embarrasse ! Peu sauraient comme lui s'en tirer avec grâce. Vous autres qui doutiez s'il en pourrait sortir, Par un si rare exemple apprenez à mentir " Un spectacle détonant à plus d'un égard. Drôle et agréable tant il est beau et très bien joué. Incontournable.
# écrit Vendredi


Théâtre contemporain: Adieu Monsieur Haffmann

-Un très joli temps de théâtre de l’altérité. Une belle leçon d’amour et d’humanité
9/10

Quelle belle histoire ! Cette pièce est avant tout une très belle histoire comme on aime les vivre au théâtre. Avec des personnages qui nous invitent à la pensée comme à l'émotion, qui nous captivent par ce qu'il leur arrive, nous permettant de nous projeter ou de nous protéger. Comme dans un conte, comme dans un rêve éveillé, comme au théâtre. C'est une histoire intrigante et valeureuse. Joseph Haffmann, bijoutier juif pendant l'occupation, propose à Pierre Vigneau, son employé, de lui confier sa boutique, de le cacher et de venir s'installer dans sa maison avec son épouse Isabelle. À quelles conditions un tel marché pourrait-il être possible ? Qui fixerait les conditions ? Que vont-ils décider ? Que va-t-il se passer ? Avec un bel art de raconter et une très adroite manière de faire Théâtre, Jean-Philippe Daguerre signe le texte et la mise en scène de cette pièce. La simplicité du récit se trouve tout à coup submergé par des rebondissements inattendus qui n'ont de cesse de nous accompagner, de nous interroger, de nous tenir en haleine. Les émotions surgissent et ne nous lâchent pas. La crainte au ventre, l'espoir en tête, la duperie menaçante qui tisse les relations entre les gens, en ce temps-là, tout s'imbrique et se livre devant nous, nous touchant d'un bout à l'autre, ne sachant pas comment cette histoire peut finir. Les comédien·ne·s nous captivent par leur maîtrise brillante et efficace, sans jamais aller chercher les sensations du public, nous laissant faire, nous laissant venir. Et nous venons ! Apparemment toutes et tous, et volontiers. Un très joli temps de théâtre de l'altérité. Une belle leçon d'amour et d'humanité où " le courage est plus fort que la peur " avant même de dire adieu.
# écrit Mercredi


Théâtre musical: # Années folles

-Une friandise musicale intelligente et drôle, à savourer sans modération pour une soirée-plaisir.
9/10

Quel joli spectacle que voilà ! À la manière d'un cabaret des années 1920, une revue espiègle et gourmande nous parle des années folles et nous les chante surtout ! Avec un enthousiasme débordant et un plaisir de partage agréable et communicatif. Bien documenté et calé au cordeau, ce tour de chant avance sur un fil conducteur burlesque et sympathique. Les chansons d'époque parmi les moins souvent données et les textes additionnels apportent swing, saveurs et découvertes tout en situant avec précision le contexte de cette période riche et emblématique. Un voyage délicieux aux charmes fous de la mémoire sublimée ou des retrouvailles qui nous permet de passer un très agréable moment. Des chansons de Cocteau, Kurt Weill, Cole Porter, Poulenc, Satie (parmi la douzaine de chansons du répertoire), au dadaïsme et au surréalisme, en passant par l'arrivée en France des musiques de danses nouvelles, l'illustre Charleston, le Black Botton et les Jazz Roots, jusqu'à la consécration du Jazz, tout y est pour dépeindre l'époque, l'esprit et le déferlement de plaisirs nouveaux. Anne Cadilhac et Juliette Pradelle (ce-soir-là), toutes les deux musiciennes et comédiennes brillantes, nous concoctent un spectacle de théâtre musical des plus réussis. Une friandise musicale intelligente et drôle, à savourer sans modération pour une soirée-plaisir.
# écrit Il y a 1 semaine


Comédie: Nénesse

-Un spectacle drôle, inattendu et surprenant.
9/10

Ah là je préviens ! Les coincés du bulbe ou de l'estomac et autres âmes sensibles, la digestion d'une telle pièce peut être lente et douloureuse, comme sa vue redoutable. Mémé, tu as bien lu ? Ne viens pas me dire après que je vois des pièces pas normales, pas comme il faut, pas comme j'ai été élevé pour ! Ça grince de partout, ça éructe la vie à plein poumons, ça cause comme on entend tous les jours, ça perce au plus profond les méfaits d'une société où le bonheur de vivre heureux n'est pas le lot quotidien de beaucoup de nos contemporain·e·s. Notamment celles et ceux oubliés dans leur propre renoncement, logés dans une pauvreté crasse et indigne parce qu'elles ou ils ne sont pas du bon côté, confrontés chaque jour à l'impuissance de faire reconnaitre leurs droits fondamentaux, lassés de se battre sans combattre parce que l'ennemi est pluriel, moral ou psychologique. Nénesse vit avec Gina dans un appartement où ils louent une place (quelle place !) à deux sans-papier. La communication entre les personnages est utilitaire. Soit il s'agit de propos de survie (l'argent, la protection, la reconnaissance de l'autre), soit il s'agit de propos de confidence (qui je suis, d'où je viens, pourquoi j'en suis là). Des projets ensemble ? Il n'y en a pas, on ne sait pas, on ne sait plus. Et pourtant quelle humanité ressort de ces quatre-là ! Leurs propos crient la fureur de vivre, d'aimer, d'avoir une identité qui soit enfin reconnue. Des fils de tendresse et d'amour, ténus et suspendus, sont bien là. On ne les voit pas, on les sent, on les entend, on les surprend. Entre Nénesse et Gina bien sûr, ce couple s'est aimé, s'aime-t-il encore ? Et puis Goran et Aurélien aussi montrent leur compassion, leur désir de vivre libres mais auront-ils enfin ce droit à l'envol, à l'échappée vers un ailleurs meilleur ? La pièce d'Aziz Chouaki nous saute à la gorge, au coeur et au corps. Ces quatre destinées si particulières ainsi décrites et mises en vie, c'est comme une gifle qu'on se donnerait à nous-même en regardant dans le miroir. Pour mieux se rendre compte de ce qui nous entoure, de la stricte réalité d'une société qui oublie qu'elle est multiple, inégalitaire, injuste, indigne. Le texte est féroce et farouche, d'une crudité qui voisine avec une trivialité cruelle, indécente et vraie. La langue de Chouaki est d'une poétique singulière. Elle fait se côtoyer des expressions stéréotypées avec des formulations inachevées, des jeux de mots avec des phrases percutantes. La syntaxe est revêche et sonne aux oreilles. Son théâtre est celui de la démonstration agile et percutante d'un quotidien où les contraires s'opposent. La mise en scène de Jean-Louis Martinelli sert le trash du texte, les situations ne sont pas enflées, les personnages explosent et exposent dans leurs propos les horreurs que la pièce dénonce. La sobriété et la précision des jeux font leur force. Les quatre comédien·ne·s donnent une crédibilité expressivement réussie à leurs personnages. Olivier Marchal joue Nénesse avec une truculence détonante. Christine Citti apporte à Gina une part d'émotion troublante et juste dans sa volonté de s'en sortir, d'aller vers l'autre. Hammou Graia et Geoffroy Thiebaut montrent un engagement convaincant dans leurs deux rôles de sans-papier, prisonniers dans ce marasme mais éperdus de liberté. Une pièce déroutante et prenante qui fait résonner les questions sur celles et ceux d'en bas. Des personnages attachants au parlé croustillant et provocateur. Un spectacle drôle, inattendu et surprenant.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: Tableau d'une exécution

-Un beau spectacle majestueux, émouvant et prenant.
9/10

Quel spectacle édifiant, épique et merveilleux, teinté de colère et baigné de tensions, dans lequel les messages salvateurs et dénonciateurs se glissent dans les postures et les répliques des personnages finement décrits et les situations magistralement démonstratives. Le combat d'une femme peintre, au 16ème siècle, pour sa liberté d'expression, sa dévotion à l'art et son insoumission aux dictats de la politique, à ses hommes au pouvoir absolu qui font régner l'ordre obséquieux et la pensée dominante par la terreur et la corruption. Toute transposition avec une époque contemporaine serait heureuse et bienvenue. Howard Barker publie cette pièce en 1993. Initiateur de son " théâtre de catastrophe ", il dépeint dans ses textes pour le théâtre ou la poésie une humanité cruelle et lucide, arrogante et torturée, d'une violence extrême jusque dans ses expressions implicites, symboliques ou métaphoriques. La peintre Galactia accepte de réaliser une commande de la République de Venise, censée représenter la bataille navale victorieuse remportée contre l'empire ottoman. Elle entreprend son travail comme elle entreprend sa vie, en toute liberté de points de vue, de choix et d'action. Le résultat saura-il satisfaire le doge de Venise ? faudra-t-il que la peintre se soumette aux injonctions ou renoncera-t-elle ? À quel prix la liberté artistique sera-telle payée ? Confrontée à l'opposition des hommes comme des femmes, Anna Galactia luttera pour défendre son art, son droit à représenter la réalité comme l'expression de sa vérité et non pas comme une iconographie lénifiante d'un pouvoir toujours juste et doué de raison par sa puissance. Des questions multiples nous assaillent sur l'expression picturale, son lien avec ce qui est attendu par une commande payée et plus généralement la place de l'artiste dans les méandres du pouvoir, de la censure, de la notoriété qui célèbre autant l'artiste que le commanditaire. La question essentielle de la liberté artistique revient en force ici. Tableau d'une exécution. De quelle exécution ? Celle des soldats morts dans la bataille ? Celle du regard posé par la peintre sur les personnages qu'elle montre ? Celle de l'artiste qui se permet de transcender l'attente institutionnelle ? Celle de la femme qui doit payer pour ses actes irraisonnables dans une rationalité limitée aux volontés hiérarchiques ? Un texte imposant et remarquable par la densité des émotions, au lyrisme marqué et à la crudité provocante. La mise en scène de Claudia Stavisky expose la pièce comme une peintre exposerait son tableau. Avec magnificence et fierté, rendant splendide et captivante cette épopée grandiose et ses personnages forts qui nous touchent, nous troublent et nous interrogent. La direction de jeux sert cette volonté de présenter cette femme peintre comme une égérie de la liberté et de montrer grâce aux autres personnages, les abus ridicules des hommes politiques, leurs doutes aussi. Toute la distribution est brillante, sans aucune réserve. À noter Christiane Cohendy qui joue une Anna Galactia lumineuse, cinglante, crue et cruelle, nous touchant dans ses moments de doute, éthérés ou meurtris, ses colères furieuses et sa conviction tenace de peindre telle qu'elle le voit, le souhaite et le revendique. Un beau spectacle majestueux, émouvant et prenant.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: Un jour en octobre

-Une pièce surprenante et très bien jouée.
9/10

Cette pièce de Georg Kaiser écrite en 1925 et créée en 1928, prend les traits d'un drame de l'amour naissant, vibrant comme une ode à la sensualité extrême. Celle de Catherine, une jeune fille de " la bonne société " confrontée à ses premiers émois. Entre le velours du désir et l'âpreté de la réalité, comment dire, comment montrer, comment raconter cette histoire si forte en émotions cachées, colorée d'un expressionnisme troublant ? Le texte de Kaiser s'inscrit dans une toile de fond stricte où la morale bourgeoise ne peut que se récrier et réclamer le repentir et la rédemption d'une faute dont on ne connaitra jamais vraiment les contours véritables. Entre ce qui a été vécu ou rêvé par la jeune Catherine, entre la vindicte calculée ou la raison objective des deux jeunes hommes concernés. La nuit d'un jour en octobre, Catherine fait entrer dans sa chambre un jeune homme qui repartira le lendemain, laissant assouvies les découvertes charnelles de l'abandon du corps aux voluptés amoureuses. De la grossesse qu'il a fallu cachée dans une maison de campagne à son retour chez son oncle monsieur Coste chez qui elle vit, on sait peu de choses. La pièce commence alors que Coste enquête sur la paternité de cet enfant pour réparer la faute par le mariage. Le doute s'installe, la spéculation du garçon-boucher qui se dit le père et la troublante posture de l'officier militaire que Catherine désigne, vont nous faire trébucher sur la vérité, nous rétablir sur les faits et nous perdre dans cette sombre et magnifique histoire aux allures d'un conte fantasmagorique surprenant et captivant. Catherine, as-tu rêvée tant tu espérais cet amour ? Nous diras-tu ce qui s'est passé ? le sais-tu ou te le caches-tu ? Mais quoi, le saurons-nous enfin ? Le parti-pris de la mise en scène d'Agathe Alexis est brillant tant il époustoufle de ses différents possibles les lumières de la réalité, les flux du désir et les apparences du rêve éveillé. Nous sommes ballotés comme dans une barque à la dérive dont le gite rend instable l'équilibre. Nous sommes emportés et transportés dans un temps suspendu, un temps de théâtre, sans savoir à quelle vérité se fier ni même s'il faut se fier à une vérité. Quel plaisir que cette invitation au lâcher-prise où la seule certitude que nous ayons c'est que cette histoire est belle, troublante et bien montrée. La distribution est convaincante et séduisante. La dignité et la droiture de l'oncle Coste est magnifiquement rendue par Hervé Van der Meulen, précis, tonique et sincère. On ne l'aime pas cet oncle mais on le comprend. Catherine est jouée admirablement par Ariane Heuzé, éprise, rêveuse presque éthérée, amoureuse quoi, un très joli jeu. Jaime Azoulay campe un abbé aussi dévot que dévoué avec justesse. Bruno Boulzaguet sert un lieutenant droit dans ses bottes qui se laisse prendre aux délices de l'émotion, un jeu sensible pour un rôle délicat. Benoit D'allongeville est le garçon-boucher, Il casserait la baraque si nous étions à la foire, tonitruant à souhait, d'une sincérité touchante et d'un abattage talentueux. Une pièce surprenante et très bien jouée. Un travail soigné et agréable. Un temps de théâtre riche et mémorable.
# écrit Il y a 2 semaines


Chanson Française: Caroline Montier chante Barbara amoureuse

-Un spectacle séduisant, une Barbara redécouverte, des chansons magnifiques, une artiste brillante.
9/10

Espiègle, sensuelle et romantique, Caroline Montier joue les textes et chante en s'accompagnant au piano un répertoire de chansons choisies célébrant l'amour et la passion, nous racontant les heurs et les malheurs de l'amante de coeur et de corps. " ... Une odeur de foin coupé, Monte de la terre mouillée, Une auto descend l'allée, C'est lui, ... " Dans ce récital savoureux et délicat où la comédienne et la musicienne ne font qu'une, la gaité prend le pas sur la nostalgie même si la mélancolie n'est jamais loin, se mêlant à la sensualité charnelle des mots dits et déversant des larmes de poésie sur les histoires contées et chantées. " ... Que tout le temps qui passe Ne se rattrape guère... Que tout le temps perdu Ne se rattrape plus ! ... " Entre narration et interprétation, entre chansons et murmures, entre anecdotes et pensées, nous assistons sereins et captivés à un très beau moment de spectacle musical. Avec des chansons rares peu souvent données ou celles plus emblématiques, nous découvrons ou redécouvrons Barbara. " ... Si vous parlez du bout des lèvres J'entends très bien du bout du coeur Et je peux continuer mon rêve, Mon rêve ... " Le plaisir est grand, l'émotion s'échappe des phrases et des mélodies, du jeu précis et engagé de l'artiste qui joue et chante. " ... Oh laisse-moi, je t'aime Mais je préfère m'en aller C'est mieux, tu sais, de se quitter Avant que ne meure le temps d'aimer ... " La collaboration artistique de Caroline Loeb, avec le soin qu'on lui connait, précise et souligne les enjeux principaux du répertoire choisi et nous montre une autrice éperdument dévouée à l'amour, à la passion surtout et à sa tenace volonté de rester une femme libre. La très jolie création lumières d'Anne Coudret construit l'ambiance qui convient au velours et la brillance des chansons. Elles ont créé toutes les deux un écrin soyeux et merveilleux, simple et agréable, dans lequel Caroline Montier resplendit et nous émeut. De la narration douce à l'incarnation vibrante, voici un récital Barbara dont on apprécie le beau et bon travail d'interprétation. " ... J'attends sur la plage déserte Et je vis le creux du passé. Je laisse ma porte entrouverte. Reviens, nous pourrons la fermer ... " Un spectacle séduisant, une Barbara redécouverte, des chansons magnifiques, une artiste brillante. Je recommande vivement.
# écrit Il y a 2 semaines



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