Spectatif

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Théâtre contemporain: Les deux frères et les lions

-Ce spectacle iconoclaste et prenant est un fichu bon moment.
9/10

Mais quelle histoire ! ... Il était une fois l'histoire vraie de deux vrais jumeaux. Partis de rien et parvenus à tutoyer les plus grosses fortunes dans les années 1950 en Grande-Bretagne. Milliardaires et discrets, sans défrayer la chronique, ils amassent toujours plus de richesses, à coup de spéculations et d'investissements chanceux. Une intuition malicieuse, sans doute doublée de roublardise et voilà une belle illustration d'une réussite financière hors du commun, construite et surfant sur les mânes dégoulinants du capitalisme florissant des " trente glorieuses ". Devenus vieux, dans leur forteresse d'une ile anglo-normande, ils apprennent que leurs filles ne pourront pas hériter de leurs fortunes, en vertu de " droit normand " issu de la tradition médiévale. Quoi ? comment ? Nous ? Et puis quoi encore ? Nous sommes accueillis par les deux personnages à l'extérieur de la salle. Ils nous invitent à rentrer au salon pour participer à une sorte de goûter " tea time " avec biscuits, thé et whisky (du vrai, si si, je vous le certifie). Sans cesser d'interpeller le public, les deux frères vont faire défiler parmi leurs narrations, flash-back, photos, vidéo-conférence, invectives, vote... Un tourbillon de situations, de sons, d'images et de jeux pour une farandole de révélations de plus en plus étourdissantes tant elles paraissent illusoires et pourtant. Écrite et mise en scène par Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, avec une adresse redoutable d'efficacité déclenchant l'intérêt, les rires et la complicité des spectateurs, cette pièce est jouée avec un évident plaisir de partager et un dynamisme formidable. L'ainé de dix minutes (sic !) est joué par l'auteur. Le cadet par Romain Berger ce soir-là. Tous deux lumineux et précis, ils jouent au cordeau avec une pêche d'enfer doublée d'une forte et agréable présence. À la fois conte, fable et farce, ce récit à deux personnages rappelle la rapsodie de la Grèce antique ou la veillée d'hiver au coin du feu où l'on passe en série les nouvelles du monde. Mais plus encore, nous pensons au théâtre politique, à la manière des mystères bouffes du moyen-âge, repris et perpétués jusqu'aujourd'hui. À une jonglerie populaire à la manière de Dario Fo qui ne manquait pas de conter des histoires en impliquant le public par des adresses frontales, des clins d'oeil contemporains et des astuces scéniques efficaces et plaisantes. Objet théâtral particulier, le théâtre d'Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre renseigne, rit et réfléchit, en ne laissant jamais le public de côté. Effets cocasses et sensations curieuses jusqu'à toucher la poésie. Un théâtre proche et instructif, drôle et accessible. Ce spectacle iconoclaste et prenant est un fichu bon moment.
# écrit Aujourd'hui à 16h08


Théâtre contemporain: You-You

-« le Danube n’est pas bleu, il est beau et nécessaire ». À voir sans hésiter.
9/10

Un monologue théâtral souriant à la vie, qui ne se prive de la montrer telle qu'elle peut être toutefois. Piquée de privations, de peurs et de frustrations mais aussi, et nous le verrons vite, piquante d'espérances et de plaisirs. Une femme élégante et belle, au sourire radieux qui sait cacher les blessures et les rancoeurs, vient devant nous pour remercier du tailleur jaune reçu en cadeau. Qui est-elle, cette femme d'ici ou bien d'ailleurs. Cette dame qui, à son pot de départ à la retraite va révéler, au-delà des remerciements, ce que fut sa vie dans l'entreprise et dans son histoire personnelle ? Femme d'ici ou bien d'ailleurs, You You on t'appelle. Comment distinguer laquelle tu veux nous montrer, laquelle tu es vraiment. Entre l'émigrée yougoslave venue en 1945 à Paris, meurtrie et soumise à la débrouille au péril de sa dignité et la jeune femme sortie de l'ombre à la force de son courage, de sa joie de vivre et du désir ardent de réussir sa vie ? Qui que tu sois, tu nous parles de tes combats et de tes victoires pour ton intégration. Tu nous touches, tu nous fais rire et sourire, parfois pour ne pas pleurer avec toi. Le canevas dramaturgique de l'auteur franco-serbe Jovan Atchine pose tout d'abord le cadre formel du discours de You You devant ses collègues. Face au public, les papiers à la main, You You implique les spectateurs par le truchement de l'adresse frontale qui fait de nous les interlocuteurs silencieux de ses propos. Très vite le cadre échappe à sa rigueur. You you baisse ses papiers comme d'autre baisse la garde. Elle dit alors des paroles vraies. Celles de ses renoncements, de ses observations candides mais acérées. Celles qui énoncent la vérité sur l'expatriation forcée. Celles qui dénoncent le sort réservé aux immigré·es, émigré·es, malgré leur désir et leur volonté. Le texte construit un va-et-vient adroit et efficace entre le discours de la future retraitée et les digressions nombreuses, copieuses et savoureuses de You You l'émigrée, la femme, l'amante, la mère. Le témoignage sur le départ nécessaire et douloureux de tous ceux qui comme cette jeune femme de 1945 ont dû fuir la République fédérative socialiste de Yougoslavie créée par la dictature communiste, ne nous laisse pas indemne. Le sentiment de révolte sourde en nous. Le désespoir de ces familles entières parties chercher ailleurs la liberté, au plus loin de leurs racines, ne peut que nous concerner et fait écho encore aujourd'hui. Ce monologue vibrant, aux allures de confidence, de confession et de délivrance, se fait proche, alerte et joyeux finalement tant You You porte en elle tous les atouts de la résilience qui fait d'elle une femme libre et qui n'oublie pas. La mise en scène d'Élodie Chanut joue des couleurs et de la suggestion en nourrissant le texte de séquences où Hier et Aujourd'hui voisinent. Le passé surgit de la mémoire comme l'ombre joue avec la lumière. C'est à la fois velouté et franc, onirique et réaliste. La comédienne Mina Poe nous ravit, dans tous les sens du terme. Elle nous subjugue de bout en bout. Elle fait passer les émotions pour que nous les fassions nôtres, avec simplicité, adresse et une fine délicatesse. Oui " le Danube n'est pas bleu, il est beau " (sous-titre du spectacle). Il charrie tant de choses. Des souvenirs bons ou mauvais. Du désespoir et des espérances. Des désirs d'idéal et des consciences averties. Comme ce spectacle, " le Danube n'est pas bleu, il est beau et nécessaire ". À voir sans hésiter.
# écrit Mercredi


Comédie: Les jumeaux vénitiens

-Un grand et beau spectacle que je recommande pour l’intérêt du texte, le plaisir des yeux, la richesse des jeux
9/10

Nous sommes au 18ème siècle à Vérone. Des jumeaux séparés à la naissance se trouvent le même jour dans cette même ville pour y épouser leurs promises. Ils ne se verront pas et c'est là un ressort principal de l'intrigue. Tonino, élevé à Venise, est un jeune homme élégant, spirituel et de bonne allure. Zanetto, élevé dans la montagne de Bergame, est un rustre, niais et maladroit. Des malentendus en cascade et des imbroglios en série se succèdent dans cette folle journée sur fond de mariage arrangé, de bijoux volés, d'empoisonnement et d'une kyrielle de fourberies, de morceaux de bravoure et de complaintes amoureuses. Un manège infernal et désopilant nous emporte dans cette comédie où se retrouvent nombre d'ingrédients et certains personnages de la commedia dell'arte dont s'est inspiré l'auteur. Carlo Goldoni écrit la pièce " les deux jumeaux vénitiens ", devenue LES JUMEAUX VÉNITIENS en 1745 et la remanie en 1749. Cette période est cruciale pour son avenir. Il doit subir alors entre sa profession de jeune avocat et réfréner sa vocation d'homme de théâtre. Il est sans doute révélateur de noter qu'au même moment, la même année, il écrit trois oeuvres significatives ayant le thème commun du " double " : " Arlequin, valet de deux maîtres ", " les jumeaux vénitiens " et " il Frappatore ". Double professions et double doutes. Le succès des " Jumeaux " met fin à la valse-hésitation, il devient l'auteur attitré et permanent de la troupe Medebac et s'installe à Venise. Comédie des erreurs, des incompréhensions, de l'hypocrisie et de la vertu, Cette joyeuse pièce de Goldoni ne se prive pas de se moquer de la veulerie, de la cupidité et de la rouerie des bourgeois et des tartuffes tout en plaçant haut les coeurs les délices de l'amour et la sincérité de l'amitié. Il n'oublie pas de donner aux femmes, fidèle à la tradition théâtrale du contre-pied social, la force de leur rationalité, bousculant les codes et déclenchant les rires compensateurs dans les situations qu'elles régulent ou retournent. L'adaptation de Jean-Louis Benoît restitue la puissance de la pièce, les répliques et les situations grotesques ou chevaleresques du texte tout en apportant une actualisation heureuse par un lexique modernisé, notamment. Le choix de costumes magnifiques réalisés par Frédéric Olivier comme le décor astucieux, beau et dépouillé réalisé par Jean Hass, donnent toute leur place aux jeux de scène que Goldoni fait prévaloir dans son théâtre qu'il veut réaliste et adapté à son époque. La mise en scène et la direction de jeux, en finesse et en éclat, font resplendir la pièce d'un esprit festif, vif et acéré, lui donnant un rythme passant du fougueux au posé, selon les situations. La perfidie de l'illusion, la prédominance des sentiments amoureux et des valeurs morales sont rendus avec précision et fluidité. Nous sommes portés par ce spectacle magistral et réussi, admirablement joué par une distribution en verve, jouant de l'excellence avec une précision au cordeau et un dynamisme stupéfiant. Maxime d'Aboville joue les jumeaux avec une puissance de jeu époustouflante. Olivier Sitruk joue Pancrace, tartuffe et espiègle à souhait, on ne rêve que de l'étrangler. Victoire Bélézy est radieuse, Margaux Van Den Plas resplendissante, elles jouent les deux promises avec une séduction farouche et une passion délicieuses, les jumeaux sont chanceux. Agnès Pontier et Benjamin Jungers jouent Colombine et Arlequin, le couple de domestiques fameux et séculaires de la comédie, avec une sincérité délicate et entière, et une pêche d'enfer. Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Thibault Lacroix, Agnès Pontier et Luc Tremblais ne sont pas en reste, ils jouent avec un engagement remarquable et une efficacité sans faille. Une très belle équipe. Un grand et beau spectacle que je recommande pour l'intérêt du texte, le plaisir des yeux, la richesse des jeux et ce sentiment agréable d'avoir passé une bonne soirée.
# écrit Dimanche


Théâtre contemporain: Novecento

-Un spectacle d’une qualité artistique de haute et belle classe, à savourer pour sa beauté et sa poésie
9/10

André Dussollier nous présente ce monologue théâtral d'Alessandro Baricco comme une invitation au pays des contes. Un conte poétique, merveilleux et drôle. Il joue ou il raconte, on ne sait pas, on ne sait plus, tant son envoutement est total, le moment magique et rare, le plaisir intense. Alessandro Baricco publie ce texte en 1994. Pour lui, " Novecento : un monologo " est un texte à mi-chemin entre le conte lu à haute voix et la pièce de théâtre. Le personnage du narrateur est Tim Tooney, trompettiste dans l'orchestre, qui deviendra l'ami de Novecento et sera le témoin de cette vie singulière qu'il nous présente. Enfant abandonné après sa naissance sur un paquebot en 1900, Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento devient très tôt un brillant pianiste et ne quittera jamais le navire. Comme souvent dans les contes, le héros Novecento nous fait rêver. Libre de son destin, ne rencontrant que les bonnes choses de la vie, vivant par et pour sa passion : le piano et la musique. Il ne semble pas connaitre la souffrance là où il est. Il ne succombe pas aux sirènes de la vie facile dans un monde où son talent et sa virtuosité pourraient le rendre riche et célèbre. Aucun aléa dans son histoire de vie n'encombre le récit. Seuls les moments heureux sont contés. Comment ne pas se projeter dans ce bonheur délicieux, cette plénitude aboutie et ne pas s'identifier à ce personnage ? La mise en scène d'André Dussollier et de Pierre-François Limbosch est particulièrement soignée. Elle donne au spectacle un éclat lumineux éblouissant, mariant musiques et paroles jouées avec efficacité, revêtant l'ensemble d'une forme de noblesse radieuse. Elle préserve des instants particuliers et proches, dédiés aux confidences, aux pensées et aux silences de Tim. Instants fabuleux par lesquels la nostalgie, les regrets et l'affection amicale comme l'admiration du narrateur pour Novecento nous touchent et nous baignent dans de bouleversantes et agréables émotions. André Dussollier magnifie le personnage de Tim. Il illumine chaque instant d'une généreuse et élégante présence, d'un plaisir évident de partager cette histoire, de nous la conter, de nous l'offrir. Diction claire et veloutée, postures et mouvements précis, jeux de regards avec les musiciens, silences. Tout est juste et enchanteur. Du très grand art. Un spectacle d'une qualité artistique de haute et belle classe, à savourer pour sa beauté et sa poésie voguant au gré des mots et des notes. Incontournable moment de bonheur théâtral.
# écrit Samedi


Théâtre classique: Dernier jour d'un condamné

-Spectacle haletant et vibrant, interprétation émouvante et puissante, message essentiel et nécessaire
9/10

Il est seul dans sa cellule. Nous le voyons et l'écoutons livrer cette émouvante et vibrante confession de sentiments et de pensées, quelques heures avant sa mort. Lui, c'est un homme, pas un animal blessé ni un objet périmé, juste un homme, jeune, condamné à mourir parce qu'il a donné la mort. Parce que la société a décidé de lui faire subir le même sort que sa victime : Condamné à mort par section de la tête sous la coupe de la guillotine. Au nom de la loi, de la justice et de la morale. Comme une vengeance du talion dénuée d'humanité et après un jugement des faits au risque souvent avéré de condamner un geste sans raison, voilà la démonstration inique de la force publique. L'exemple donné une nouvelle fois pour faire taire le peuple par la crainte et le satisfaire dans une grandiloquente cérémonie spectaculaire aux allures de jeux du cirque de la Rome antique. Victor Hugo s'empare de cette question de la peine de mort et publie en 1829 le journal du dernier jour d'un condamné. " Un homme quelconque, ayant une vie quelconque et qui a fait un crime quelconque ", comme Hugo le dira dans sa dernière préface. L'écrit humanise la question. Description fine et détaillée de ses ressentiments sur la justice des hommes, des angoisses sur ce qu'il va subir, ce jeune père de famille se perd en hallucinations et en réminiscences des bribes importantes de son histoire de vie. La simplicité du texte renforce la dénonciation qu'il porte. L'adaptation de David Lesné restitue fidèlement les propos du roman et lui donne une dramaturgie vive et profonde qui nous rapproche du personnage, de ce qu'il dit, de ce qu'il vit, comme si nous étions présents à ses côtés dans ses derniers instants. La mise en scène de François Bourcier captive l'attention autant par le centrage sur le personnage, ses émotions et ses ruptures, que par les illustrations nombreuses en images projetées de ses affres et de ses souvenirs. L'interprétation de William Mesguich est remarquable. Sa puissance émotionnelle passe avec brio de la douceur à la colère, de la tendresse à la meurtrissure. Une belle et intense incarnation toute en finesse qui, bien au-delà de la technique, nous présente tous les étapes traversées par son personnage dans cette monstrueuse et ultime torture. Fragilités, violences, implorations, cris de douleurs et de peurs où la démence voisine avec le déni et la perte progressive du sentiment de soi. Un impressionnant comédien. Spectacle haletant et vibrant, interprétation émouvante et puissante, message essentiel et nécessaire encore aujourd'hui, autant de raisons pour recommander vivement d'aller vers les 19h00 au Studio Hébertot.
# écrit Vendredi


Théâtre classique: La Dame de Chez Maxim

-Un spectacle dynamique et jubilatoire. Une friandise de qualité
9/10

Quelle bonne et belle idée de reprendre cette illustre pièce de Georges Feydeau pour l'adapter en spectacle trépidant aux allures de " musical " et aux accents marqués de burlesque. Crée en 1899, cette pièce emblématique du répertoire de Feydeau a contribué à donner ses lettres de noblesse à la comédie de boulevard, drôle et insidieuse, faisant la nique à la bourgeoisie installée dans ses frasques et ses débordements, pour qui " vivre de plaisirs " est un bien ordinaire et non pas un luxe. Cette adaptation de Johanna Boyé et Paméla Ravassard actualise le texte en y apportant des coupures adroites et des ajouts spectaculaires sans jamais trahir son esprit ni sa force. Du très beau travail. Trépidant et callé au cordeau, sur une musique " live " enjouée de Mehdi Bourayou, se baladant aussi bien dans le jazz, la pop ou la chanson populaire et gouailleuse, ce spectacle vaut le détour. Ça danse, ça chante, ça crie, ça rit et ça joue ! Du Feydeau dans tous ses ébats. De quiproquos en malentendus, de malices en traits cinglants, d'apartés en sous-entendus, nous retrouvons tous les ingrédients de la pièce originelle déportée côté " délire " et colorée de scènes chantées, dansées et jouées avec un abattage foldingue, efficace et précis. Transformés le plus souvent en dingueries façon cartoon, les scènes hilarantes de Feydeau deviennent gaguesques et tout aussi désopilantes. Du Feydeau des grands jours, autres, venus d'ailleurs et pourtant de la même veine, ravageuse et dépotée. La mise en scène de Johanna Boyé donne le rythme nécessaire à la mécanique singulière et implacable, habituelle de l'auteur. Truffée d'astuces, d'effets aux limites du clownesque, la pièce trouve une fraicheur supplémentaire et un dépassement contemporain, adroits et maitrisés. Il y a du merveilleux dans cette fantaisie que la distribution tout entière sert avec un dynamisme et une précision toujours justes et redoutablement drôles. La pétillante Vanessa Cailhol subjugue en Môme Crevette. Elle chante avec un fichu joli brin de voix, elle danse et elle joue avec splendeur. Florian Choquart est un Petypon monté sur ressorts, au comique abouti, du grand art. Vincent Viotti déglingue tout sur son passage en Général plus fou que les autres ou presque. Arnaud Dupont, Lauri Lupi, Garlan le Martelot, Paméla Ravassard sont tous aussi fougueux et convaincants dans leurs différents rôles. Une fine équipe ! Un spectacle dynamique et jubilatoire. Une friandise de qualité à ne pas manquer.
# écrit Il y a 1 semaine


Comédie: Confidences

-Une des bonnes surprises de la rentrée. À voir sans hésiter.
8/10

Un petit rien, juste le petit rien de cette défaite au tennis entre un père et son fils, qui, rapportée à la mère, met la puce à l'oreille. Inquiète et protectrice, Florence sent que quelque chose ne va pas. Elle organise aussitôt une réunion de famille qui sera le grain de sable dans les rouages pernicieux et pourtant salutaires des arrangements avec la vérité. Un temps où l'aveu se joue du pardon, où la médiation bouscule l'usage et la tradition, les codes de la bienséance et le mal nécessaire. Derrière la comédie, la tragédie gronde. Plaisamment mais surement, la pièce nous conduit à rire de sujets familiers voire intimes, qui ne s'y prêtent pas au premier abord. Le mensonge, la trahison, la norme, la passion et l'amour. Le mensonge est-il salvateur ? Est-ce ici une preuve d'amour ou de tricherie ? Qu'est-ce donc que cet élément qui vient s'interposer entre la réalité et la vérité ? Une sorte de vérité subjective pour protéger l'estime de soi ? Qui n'a pas menti à un être cher ? Pourquoi ? Pour qui ? Autant de questions qui se cachent derrière les postures et les rebondissements, enfouies dans les situations et les répliques terriblement bien ficelées. Nous nous laissons prendre avec délice par les saillies drôles et les réparties cinglantes de ce boulevard moderne, joué avec superbe. La pièce de Joe Di Pietro rencontra le succès dès ses débuts en 2013 à Broadway, on le comprend ! Traduite et adaptée par Éric-Emmanuel Schmitt avec une sémillante mise à jour pour nos contrées, le texte caresse avec légèreté nos émotions et prête à rire comme à penser. Nous passons un moment agréable, un de ceux dont le théâtre de boulevard peut s'enorgueillir pour le plaisir et l'intérêt qu'il nous offre. La mise en scène de Jean-Luc Moreau, sans effets inutiles, sert simplement et adroitement le texte et donne à la distribution une partition qu'elle excelle à jouer. Marie-Christine Barrault illumine les scènes par sa présence tendre et efficace. Florence devient proche. Elle nous fait rire autant qu'elle émeut. Alain Doutey est brillant. Il joue la candeur naïve de Georges avec une sympathie et une espièglerie qui font mouche. Les deux jeunes comédiens qui les entourent ne sont pas en reste. Arthur Fenwick et Claudia Minier jouent pêchu et sont convaincants. Une des bonnes surprises de la rentrée. À voir sans hésiter.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: Agatha

-Une pièce forte, une réalisation précise et suggestive, une interprétation brillante. Un très beau spectacle.
9/10

Marguerite Duras, à qui seul un vent glacial en plein hiver sibérien soufflant par tornades puissantes aurait pu donner froid aux yeux, aborde avec cette pièce écrite en 1981, sans détour ni ambages mais avec sa langue lascive, bouillonnante de passion et crue jusqu'au cruel, l'inceste fraternel. Sujet tabou ô combien dans nos civilisations lustrées (pour éviter la horde primitive et la confusion sociale disait Freud), l'inceste choisi, et ici l'inceste fraternel, reste confiné dans l'intimité des impressions et des interrogations personnelles ou dans les éclats des études sociales, psychologiques et philosophiques. Une des représentations de notre imaginaire social les plus cachées mais contées, tues mais sous-entendues, brimées mais avouées. Drainant la fierté, le calcul ou la meurtrissure, cet amour interdit se dévoile, se découvre ou s'écoute avec les sensations particulières qui l'entourent autour de la pudeur, de la compassion, de la pitié-même tant il est certainement délicat voire difficile de ne pas se projeter pour comprendre. Présente depuis les mythes la Grèce antique jusque dans les écrits fictionnels, en passant par les mythes et les " pseudos-mythes " d'aujourd'hui, cette relation fantasmée ou vécue parsème l'histoire de l'humanité en éclairant avec délicatesse ou rudesse les sentiments de ces amants fraternels. Le Frère et la Soeur se retrouvent ce jour-là dans la villa familiale de leurs vacances, pour un dernier adieu. C'est une épreuve pour Elle comme pour Lui. C'est Elle qui a fait ce choix pour eux, même si Lui ne surmonte pas cette décision qui ne fait que renouer ses sentiments. Les souvenirs affluent, les joies et les tristesses aussi. Ce dernier séjour dans la Villa Agatha sera comme on imagine qu'étaient leurs ébats amoureux, passionnés, intenses, violents et tendres. Ultimes jouissances d'être ensemble avant de ne plus se revoir. Les tractations que Lui tente dans ces derniers instants, chargés d'espoirs de renoncement, s'affrontent aux résolutions fermes et meurtries qu'Elle montre. Que sera la fin du séjour ? Quelle fin trouvera leur amour ? Le texte de Duras est magnifique de puissance passionnelle. L'intensité de l'intimité sensuelle frôle souvent les frontières de l'érotisme. Le temps est scandé par les mots, les silences, les regards. Les situations sont placées pour heurter l'ordre des choses, pour dire la franchise de cet amour, pour raconter avec les accents réels de la vie cette relation complexe et entière. Magistralement mis en scène par Hans Peter Cloos, avec un soin détaillé et intrusif des situations et des répliques, AGATHA touche au coeur et au corps. Nous sommes pris par cette forme narrative dialoguée installée dans cette ambiance sombre, construite de telle sorte que nous pouvons voir se confondre comme pour mieux se renforcer, désirs, pensées, souvenirs et espérances. Comme dans un poème onirique aux accents de tragédie grecque, Cloos semble vouloir nous provoquer en nous baignant ainsi dans un univers d'amour vibrant, transpercé de transgressions du tabou. Provocation pour ne pas démontrer, pour que nous fassions nous-même notre propre chemin selon qui nous sommes, parmi les sensations, les questions et les images de double inversé qui ne peuvent nous échapper. Tout semble mort dans cet univers. Sur le plateau, feuilles mortes déposées par le vent passé au travers de fenêtres brisées, chaises renversées, canapé percé, murs décatis. Des images projetées au mur au-dessus du décor nous suggèrent le passé pensé et les souvenirs qui ressurgissent, comme de vieux films de vacances. On voit deux enfants ensemble, proches. Seuls Elle et Lui apportent de la vie. Leurs mouvements et leurs échanges, parfois filmés en vidéo en direct, sont toujours significatifs et leurs sentiments et ressentiments suggérés. Parmi ces moments, lesquels sont vraiment présents et lesquels sont des réminiscences de leur amour ? Florian Carove et Alexandra Larangot montrent une splendide interprétation incarnée, sensible et vraie. Ils sont tous les deux étonnants de justesse et de sincérité. Mention particulière pour Alexandra Larangot dont ces premiers pas au théâtre se révèlent très réussis et plus que prometteurs. Une pièce forte, une réalisation précise et suggestive, une interprétation brillante. Un très beau spectacle.
# écrit Il y a 1 semaine


Théâtre contemporain: L'Homme inouï

-Un spectacle rare comme toute expérience théâtrale inhabituelle et réussie
9/10

Mêlant adresses au public, monologues, chansons, musiques, dessins et peintures, ce spectacle emprunte à la tradition du barde l'art et la manière de captiver un cercle d'invités au cours d'une soirée, comme une veillée au coin du feu. Soirée envoutante et onirique, nourrie de révélations, de questions ou de récits, colorée de musiques et d'images projetées. Étonnant spectacle qui rappelle les genres théâtraux ancestraux que sont la rhapsodie et la chanson de geste où l'aède conte et chante, louange et dénonce les récits de vie qui le touchent, nous proposant de découvrir le sien au travers d'un labyrinthe merveilleux auquel il nous invite à nous perdre. Ces formes anciennes reprises avec force et une certaine violence feront le lot des " performances " des Seventies. Elles se retrouvent aujourd'hui réinvesties par des poètes, des comédiens, des musiciens et des plasticiens, parfois un peu tout ça à la fois, souvent agrémentées d'improvisations aux élans d'Happening. Cela ressemble bien à ça L'HOMME INOUÏ. Cela pourrait bien être notre barde d'un soir, cet Oldan qui sait être chaleureux et meurtri, touché et touchant, regorgeant d'empathie et d'altruisme. Oldan nous accueille debout sur le plateau, le dos tourné, nous laissant nous installer dans une ambiance sonore électroacoustique, façon zen tendance musique psychédélique des Sixties. La musique est jouée par Patrick Matteis (qui en est le compositeur) aux manettes d'un clavier-synthétiseur intriguant, ressemblant à une boite noire en carton décorée de boutons de métal, mais ce n'est pas ça du tout, j'en suis sûr. Une guitare est posée à côté de lui, attendant son tour. Un tabouret aussi. Au sol, un cercle lumineux. Un écran de tissu blanc en fond de scène où sera projetée la stupéfiante création vidéo réalisée par Léo Sam, faite d'images arrêtées et des fondus mouvants sur des fragments de tableaux de Jérôme Bosch. Puis Oldan se retourne, nous regarde, nous salue, nous félicite. Il commence une étrange et audacieuse danse de mots, de propos, de chansons, de sons et de notes, d'images posées ou mouvantes. Entrant et sortant du cercle lumineux comme s'il s'agissait de symboliser le " hors " et le " dans " de son personnage. Captivante harmonie de voix parlée ou chantée, de bruissements mélodiques ou de scansions veloutées, de couleurs impressionnantes s'échappant des regards d'un singe, des figures anthropomorphes étirées jusqu'à montrer leur monstruosité ou posées là, parmi d'autres détails du " portement de croix " ou du " jardin des délices " de Jérôme Bosch, entre autres. Le texte d'Oldan nous interpelle. Simple, poétique, imagé, il balance son chaland de la candeur à la douleur pour nous parler d'amour, de désir et de plaisir. Pour nous montrer la peine et les méfaits que nous et les autres charrions dans nos vies. Sans jamais perdre tout à fait son cap fait de son crédo et de sa rébellion, Oldan nous parle de l'indispensable quête du bonheur. Avant et malgré tout. Un spectacle rare comme toute expérience théâtrale inhabituelle et réussie. Un parcours de rêveries et de réflexions, baigné d'utopie, au charme élégant du poète.
# écrit Il y a 2 semaines


Théâtre classique: Trahisons

-Un Pinter réussi, intelligemment monté dans tout le respect du texte, joué avec excellence
9/10

Aimer le meilleur ami de son époux tout comme aimer l'épouse de son meilleur ami, est-ce plus trahir l'amour que l'amitié ? Qui trahit qui ? Qui trahit quoi ? Le récit impressionnant, tout en finesse, dans cette célèbre pièce d'Harold Pinter, écrite en 1978, joue avec une élégance caustique de la déstructuration des relations amoureuses confondues avec les relations amicales, comme pour mieux les observer et les comprendre. Regards sombres et implacables sur les enjeux de la relation amoureuse, de l'adultère et de la relation amicale. Une relation amicale profonde et vraie, parmi celles qui voisinent souvent avec les attributs de l'amour. Pinter détourne ici les ressorts traditionnels du triangle amoureux et nous dépeint l'histoire de l'époux, de l'épouse et de l'amant, qui savent et qui s'aiment. L'effet dramaturgique antichronolique raconte l'histoire en remontant dans les souvenirs et les émotions des personnages, nous plaçant face à l'origine du choix de leur rencontre, à sa fragilité et à sa possible improbabilité. Les répliques à l'humour noir et glaçant entremêlées de silences ; les mots familiers, les formules châtiées, les traits cruels ou crus ; le langage tout entier si particulier de Pinter, riche en ruptures, sert autant l'intensité de l'histoire que la précision scrupuleuse des détails. Jerry, homme marié, a été l'amant d'Emma, l'épouse de Robert, son meilleur ami. De révélations en retours en arrière, de déclarations d'amour en déclarations d'amitié, les moments charnières et les séquences majeures des trahisons sont dévoilées. Toute en tensions ténues, l'ambiance n'est jamais à la confidence directe mais plutôt aux aveux lâchés au détour d'un échange dans l'intimité, dans un café, au restaurant ou au cours d'un voyage, quasi anodinement, presque par hasard. Blessés peut-être, meurtris sans doute, touchés certainement, les trois personnages cachent leurs rancoeurs ou leurs regrets derrière un apparent détachement mais n'arrivent pas à cacher la passion qui les anime. Trahisons et pardons se confrontent, l'amour comme l'amitié empêchent leur combat. La mise en scène de Christophe Gand sert le texte avec une fluidité presque légère, restituant dans les scènes la simplicité complice de proches qui se parlent, amis, amants, époux. Les répliques en sont plus fortes, prenant la place centrale qui est la leur chez Pinter. Nous nous laissons portés par l'histoire ainsi contée comme dans un instant d'évasion pensive proche du rêve éveillé où les moments ne se suivent pas, venant d'une mémoire oubliée qui ressurgit et rebondit de ses nombreux souvenirs. Les interprétations de Gaëlle Billaut-Danno, François Feroleto et Yannick Laurent sont remarquables. Ils jouent la sincérité et la passion avec ardeur, la blessure avec justesse et le renoncement avec pudeur. Un Pinter réussi, intelligemment monté dans tout le respect du texte, joué avec excellence. Cette pièce emblématique retient de bout en bout l'attention du public, le touche et le conquiert. Nous en sortons ravis. À voir sans aucune hésitation.
# écrit Il y a 3 semaines



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